Le phénomène « Maboko Banque« , cette pratique consistant à gérer les finances publiques ou d’entreprise « manuellement » et en dehors du circuit bancaire officiel, constitue un frein majeur à la transparence financière et à la bonne gouvernance en République démocratique du Congo.
« En principe, le phénomène Maboko Banque est une violation de la loi, parce que cela crée de l’opacité financière. De plus, ça favorise le détournement et la mauvaise gouvernance. Malheureusement, beaucoup ne veulent pas que cela change, car ils n’aiment pas la transparence », a affirmé Me Placide Mabaka, docteur en Droit et professeur d’universités, qui dénonce une pratique profondément ancrée dans les rouages institutionnels et économiques.
Sur le plan économique, « Maboko Banque » détourne les flux financiers des canaux officiels, ce qui rend difficile le contrôle budgétaire, l’audit des finances publiques et l’élaboration de politiques économiques fiables. Cette pratique contribue à une perte importante de recettes fiscales, nuit à la planification budgétaire et prive l’État de ressources nécessaires au développement.
Ce système parallèle, toléré voire encouragé dans certains services publics, crée un climat d’incertitude économique et décourage les investisseurs. Il empêche également la bancarisation complète de l’économie congolaise, déjà minée par une forte informalité.
Pour Me Mabaka, la résistance au changement est intentionnelle. « Ceux qui bénéficient de cette opacité s’y accrochent. Ils redoutent les mécanismes de contrôle qu’impliquerait une gestion transparente et numérisée des finances. »
Alors que le gouvernement congolais affiche sa volonté de réformes et de lutte contre la corruption, la persistance de pratiques comme « Maboko Banque » envoie un message contradictoire à ses partenaires économiques et financiers.
Pour enrayer cette pratique, les économistes appellent à :
- Une digitalisation complète de la gestion financière publique ;
- Un renforcement des inspections financières et des audits indépendants ;
- Et surtout, une volonté politique réelle d’éradiquer l’économie parallèle au sommet de l’administration.
Tant que Maboko Banque subsistera, l’économie congolaise continuera de souffrir d’un manque de rigueur, de transparence et de crédibilité. Un luxe que la RDC ne peut plus se permettre dans sa quête d’émergence.
B.A









