Derrière la façade d’une gestion provinciale flamboyante, se cachait un système organisé de prédation financière. Le territoire de Kambove, cœur minier stratégique du Haut-Katanga, était devenu le théâtre d’un pillage systématique, orchestré selon plusieurs sources par l’ancien gouverneur Jacques Kyabula Katwe et ses affidés. La méthode était simple : ériger, en toute illégalité, des péages routiers tenus par des groupes proches du pouvoir provincial d’alors, avec pour seul but de siphonner les revenus publics.
Depuis sa prise des fonctions comme gouverneur intérimaire, Martin Kazembe Shula ne cesse de dénoncer les mécanismes de détournement hérités de la gestion Kyabula. La découverte récente d’au moins 5 péages clandestins entre Kambove et Likasi en est la preuve la plus flagrante.
« C’est une véritable mafia administrative. Ces postes illégaux n’ont aucune base légale ni arrêté provincial. Ils n’ont qu’un objectif : enrichir un réseau parallèle au détriment du trésor public », a déclaré un observateur dans le secteur minier sous anonymat.
Selon plusieurs experts en gouvernance minière, ces péages illicites rapportaient entre 10 000 et 20 000 USD par jour, argent encaissé en espèces sans aucune traçabilité comptable.
« Nous avions affaire à un système de prédation planifié. Ce genre de pratiques ne peut prospérer sans une complicité de haut niveau », affirme Prof. David Maloba, analyste en politiques publiques à l’Université de Lubumbashi. » Jacques Kyabula avait transformé la province en guichet automatique pour une élite prédatrice. Il faudra un audit complet pour évaluer l’étendue des dégâts », poursuit-il.

La population locale, elle aussi, ne cache plus son indignation. À Kambove, plusieurs chauffeurs et transporteurs affirment avoir été contraints pendant des mois de verser des montants exorbitants à des agents non identifiés, souvent armés, postés à l’entrée des villages.
Devant l’ampleur du scandale, le gouverneur intérimaire Kazembe a ordonné le démantèlement immédiat de tous les péages illégaux, et la mise sur pied d’une commission d’enquête. Il a également saisi la Cour des comptes et sollicité l’appui de l’IGF pour auditer l’ensemble des circuits financiers hérités de la gestion précédente.
« Nous allons démanteler tous les mécanismes de vol systématique installés sous Kyabula. Le Haut-Katanga ne sera plus jamais une chasse gardée d’un groupe mafieux », a martelé le gouverneur intérimaire Martin Kazembe lors d’une visite effectuée sur place à Kambove.
Mais au-delà des discours, la question reste entière : Jacques Kyabula et ses proches seront-ils poursuivis en justice ou bénéficieront-ils, comme souvent dans l’histoire politique congolaise, de l’impunité légendaire réservée aux puissants ? La question reste pendante et l’avenir en dira plus.
Emmanuel Kamba









