Dans la commune de Kalamu, l’une des plus densément peuplées de Kinshasa, l’insalubrité atteint des proportions inquiétantes. Autrefois source de vie et repère urbain, la rivière Kalamu est désormais méconnaissable. Étouffée par des tonnes de déchets ménagers, elle n’assure plus son rôle d’évacuation des eaux, exposant les habitants à des inondations récurrentes et à de graves risques sanitaires.
Au quartier Matonge, particulièrement le long du boulevard Sendwe et de l’avenue Oshwe, la situation est alarmante. L’eau ne circule presque plus, son lit étant saturé par les détritus. À chaque pluie, les habitations voisines se retrouvent submergées.
« Nous vivons dans la peur dès que les nuages s’amoncellent. L’eau n’a plus où passer, elle entre directement chez nous », déplore M. Jean, habitant de l’avenue Sendwe, rencontré les pieds dans la boue.
Certains habitants, installés depuis plus de 25 ans dans la commune, affirment n’avoir jamais vu une telle dégradation.
« Les rivières de Kalamu reçoivent chaque jour des milliers de tonnes de déchets. Résultat : elles sont complètement obstruées. Cela entraîne l’envasement, la montée des eaux et la pollution. On vit dans des conditions insupportables », explique M. Augustin, père de famille et commerçant du quartier.
Des conséquences sanitaires et environnementales
Au-delà des inondations, cette pollution constitue une menace directe pour la santé publique. Les eaux stagnantes deviennent des foyers de maladies hydriques telles que le choléra et la typhoïde.
« Quand il pleut, l’eau mélangée aux déchets entre dans nos maisons. Nos enfants tombent malades, mais personne ne fait rien », lance Mme Louise, mère de quatre enfants.
La situation est aggravée par le manque d’un système efficace de collecte et de traitement des ordures. Faute de dépotoirs publics adaptés, les habitants n’ont d’autre choix que de jeter leurs déchets dans la rivière.
« Kalamu est devenue une décharge à ciel ouvert. Pourtant, cette rivière représentait autrefois une ressource essentielle pour la commune », regrette un jeune leader communautaire.
Face à ce tableau sombre, les habitants de Kalamu appellent les autorités municipales et provinciales à agir de toute urgence.
« Nous ne demandons pas des discours, mais des actions concrètes. Nettoyer la rivière, aménager des sites de dépôt d’ordures et sensibiliser la population », martèle un groupe de jeunes du boulevard Sendwe.
La rivière Kalamu, autrefois un patrimoine écologique et social, symbolise aujourd’hui les défis criants de la gouvernance urbaine à Kinshasa. Sa réhabilitation apparaît comme une nécessité vitale, tant pour l’environnement que pour la dignité des habitants de la commune.
À Kalamu, chaque pluie devient une épreuve, chaque inondation une humiliation, et chaque déchet un rappel de l’abandon des autorités. Si rien n’est fait, la rivière Kalamu ne sera plus seulement un symbole de négligence, mais le miroir d’une capitale incapable de protéger ses habitants.
Christella Luboya, Stagiaire de l’USIC









