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Gouvernance minière en RDC : le Pr. Milala dénonce un pillage organisé avec la complicité des élites

Dans une analyse au vitriol, le Professeur Jean-Barnabé Milala tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du secteur minier et pétrolier congolais, livré à la prédation des multinationales étrangères avec la complicité des élites politiques nationales. Le constat est sans appel. Sur un million de tonnes de minerais exportées chaque année, la RDC ne récolte que 5% des bénéfices.

« Nous avons affaire à des hommes diaboliques, des princes du monde, qui pillent ce pays comme s’ils travaillaient pour Satan », fulmine l’universitaire, dénonçant l’alliance mortifère entre sociétés étrangères, dirigeants congolais et institutions publiques corrompues.

Des entreprises publiques saignées à blanc

Les chiffres issus du rapport ITIE 2019-2020 sont glaçants. La Gécamines, la Sodimico, la Cominière, la Sokimo ou encore la MIBA, toutes les grandes entreprises minières publiques affichent des bilans chroniquement déficitaires. Pourtant, elles gèrent les gisements de cuivre et de cobalt les plus rentables du monde.

Au cœur du scandale, des joint-ventures où les étrangers, devenus actionnaires majoritaires sous la bénédiction du FMI et de la Banque mondiale, hypothèquent les mines congolaises pour lever des fonds dans les paradis fiscaux, à des taux usuraires de 10% sur 15 à 20 ans. Résultat : la RDC paie ses propres richesses sous forme de dettes contractées en son nom.

« Ces contrats sont des pièges mortels. Nous payons des redevances allant jusqu’à 280.000 dollars par jour, et dans le même temps, ces sociétés se permettent de revendre nos mines 200 fois plus cher au plus offrant », dénonce le Professeur Milala.

Un système huilé par la corruption

Derrière ce pillage organisé se cachent des complicités internes. Banque centrale, ministères de tutelle, directeurs généraux des entreprises minières publiques, services de contrôle parlementaire, Cour des comptes, IGF. Tous, sont pointés du doigt.

L’Inspection générale des finances, censée veiller à la transparence, a elle-même encaissé plus de 11 millions USD de frais de consultance auprès de Sicomines. « Comment peut-on encore parler de contrôle ? », s’indigne le Professeur Milala.

À cela s’ajoutent les pots-de-vin colossaux dans le secteur pétrolier, où la multinationale Glencore a acheté les consciences des gestionnaires congolais à coups de centaines de millions de dollars.

L’ombre de Dan Gertler et de Joseph Kabila

Depuis 1996, l’homme d’affaires israélien Dan Gertler a joué un rôle central dans la mise en coupe réglée du secteur minier congolais, sous les deux présidences Kabila. Grâce à ses sociétés-écrans, il a levé des fonds dans les paradis fiscaux, qu’il imposait ensuite à la Gécamines et ses filiales.

Selon l’agence Bloomberg (2016), la famille Kabila elle-même a bâti une fortune colossale, contrôlant près de 120 permis miniers et plus de 70 entreprises nationales et internationales, parfois en partenariat avec la Banque mondiale ou même l’ONU.

« Il est impossible de faire des affaires au Congo sans passer par la famille Kabila », rappelle le Professeur Milala, citant un système tentaculaire qui s’étend des banques aux mines, de l’agriculture à l’hôtellerie.

Le rôle salvateur des États-Unis

Face à ce pillage, un frein a été imposé non pas par les institutions congolaises, mais par les États-Unis. L’administration américaine, via la loi Dodd-Frank (1502) et des sanctions ciblées du Trésor, a frappé Dan Gertler et Glencore, bloquant leurs opérations financières.

« C’est Biden et le FBI qui nous ont sauvés. Mais nos propres dirigeants continuent de se pavaner, d’engager le pays dans l’impunité et de protéger les corrompus », déplore le Professeur Milala.

Un peuple indifférent, une société civile complice

Malgré l’ampleur du scandale, la réaction interne est quasi nulle. La société civile organisée (FEC, CNONGD, certaines ONG locales) est accusée de laxisme, quand elle n’est pas directement complice. Les Congolais ordinaires, eux, semblent résignés.

« Même quand vous dénoncez, le peuple s’en fout ! », s’alarme le Professeur, appelant à une révolte citoyenne pour justement :

  • Mettre fin aux contrats léonins imposés par les multinationales ;
  • Restaurer la transparence et le contrôle dans les entreprises publiques ;
  • Sanctionner les élites congolaises complices du pillage ;
  • Impliquer la société civile dans le suivi des accords miniers ;
  • Protéger les richesses stratégiques (uranium, cobalt, cuivre) pour l’avenir du pays.

Appel à la vigilance et à l’action

Pour le Professeur Milala, le salut passe par une pédagogie morale et une éthique des affaires intégrées à la gouvernance minière. Mais surtout par une surveillance internationale.

« Il faut exiger aux USA une réglementation fonctionnelle, placée sous l’œil vigilant de la société civile et du peuple », insiste-t-il.

Sans cela, conclut-il, « le Congo continuera d’être livré aux Princes du monde, et notre avenir sera définitivement hypothéqué ».

Ben AKILI

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