Sept mois après la suspension de l’exportation du cobalt par le gouvernement congolais, l’ONG CASMIA-G ASBL monte au créneau. Dans un communiqué de presse au ton tranchant, l’organisation exige la levée de cette mesure qu’elle qualifie d’« intempestive et hasardeuse », et appelle l’État à sortir d’une logique de réaction pour adopter une stratégie minière cohérente et durable.
La République démocratique du Congo détient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, un minerai indispensable à la fabrication des batteries électriques, des smartphones et des technologies de transition énergétique. Ce métal est donc au cœur des rivalités économiques mondiales et place la RDC en position stratégique dans la lutte contre le changement climatique.
Pourtant, malgré cet atout, le pays peine à tirer parti de ses richesses. La suspension décrétée en février 2025 puis prolongée en juin par l’ARECOMS pour trois mois a plongé tout un pan de l’économie minière dans l’incertitude. À ce jour, la mesure s’est transformée en une véritable paralysie de sept mois, étouffant les entreprises locales et privant l’État comme les provinces minières d’importantes recettes fiscales.
CASMIA-G ASBL rappelle que la levée de la suspension serait immédiatement bénéfique pour les finances publiques. La redevance minière, prévue par le Code minier, alimente non seulement les caisses de l’État, mais aussi celles des provinces et des entités territoriales décentralisées (ETD).
« En bloquant l’exportation, on pénalise injustement les communautés locales qui dépendent de ces ressources pour financer écoles, hôpitaux et infrastructures », martèle l’organisation.
Le cobalt, déclaré minéral stratégique par décret présidentiel, est soumis à une redevance spéciale de 10 %. Mais faute de mécanismes de régulation adaptés, ce prélèvement reste la seule mesure concrète appliquée par le gouvernement, une situation que CASMIA-G dénonce avec vigueur.
L’un des points les plus sévères du communiqué concerne le vide réglementaire entourant la gestion des minerais stratégiques. Sept ans après l’entrée en vigueur du Code minier révisé, aucune disposition réglementaire spécifique n’a été adoptée pour encadrer l’accès, la recherche, l’exploitation et la commercialisation du cobalt.
« L’État congolais se contente de percevoir les 10 % de redevance, sans penser à une véritable politique de souveraineté minière », déplore CASMIA-G, qui appelle à l’élaboration urgente de textes réglementaires. Sans cela, prévient l’ONG, la RDC restera prisonnière des fluctuations imposées par les marchés internationaux et des décisions dictées par les multinationales minières.
Selon l’ONG, la crise actuelle n’est pas née du hasard. Elle accuse des entreprises minières identifiées d’avoir alimenté artificiellement le surplus d’exportations qui a conduit à la suspension gouvernementale.
« Il serait juste de cibler les véritables responsables au lieu de punir tout le secteur », martèle CASMIA-G. Elle propose ainsi une approche plus fine, celle d’instaurer des quotas de production et d’exportation, afin de réguler le marché tout en protégeant les producteurs sérieux.
Transformer au lieu de subir : un appel à la souveraineté industrielle
Au-delà de la levée immédiate de la suspension, CASMIA-G place la barre plus haut. Il s’agit de transformer localement le cobalt au lieu de se contenter de l’exporter à l’état brut.
« Miser uniquement sur les taxes et l’exportation du cobalt brut revient à hypothéquer l’avenir de la RDC », dénonce l’organisation.
Elle exhorte l’État à investir dans la chaîne de valeur locale c’est-à-dire, raffineries, usines de précurseurs pour batteries, partenariats industriels axés sur la transformation.
Un tel choix, insiste CASMIA-G, serait porteur de milliers d’emplois et placerait la RDC dans une position de force sur le marché mondial de l’énergie verte.
L’ONG appelle enfin à une mobilisation collective des entreprises, coopératives et ONG du secteur minier. L’heure n’est plus à la résignation mais à l’action. « Il en va de la souveraineté économique du pays et du respect de notre législation », conclut le communiqué, invitant les acteurs à s’approprier ce combat.
Un test de crédibilité pour Kinshasa
Cette sortie de CASMIA-G met le gouvernement devant un choix historique. Céder à la facilité de mesures ponctuelles ou poser les bases d’une véritable politique minière nationale. La décision à venir sur le cobalt sera scrutée non seulement par les opérateurs locaux, mais aussi par les géants internationaux de l’énergie et les partenaires étrangers.
Si Kinshasa choisit d’écouter l’appel de CASMIA-G, la RDC pourrait amorcer une nouvelle ère de gestion stratégique de ses minerais critiques. Dans le cas contraire, elle risque de rester enfermée dans un cycle d’improvisations coûteuses, au détriment de son peuple et de son avenir.
Ben AKILI









