Lors de son tout dernier discours en plénière, le lundi 22 septembre, Vital Kamerhe a prononcé des mots empreints d’émotion pour annoncer sa démission du perchoir de l’Assemblée nationale. Il a agi sous la pression de pétitionnaires qui lui reprochaient notamment une gestion opaque des fonds alloués à la chambre des représentants du peuple.
De la tribune, le désormais ex-président de l’Assemblée a exhorté la jeune génération de parlementaires à « vivre pour l’histoire » et à ne pas répéter les erreurs commises par les politiciens des années 60 et 90. C’était un message lourd de sens, un rappel à la responsabilité et à la sagesse.
Un acte politique ou historique ?
Vital Kamerhe porte en lui le poids de l’histoire, un rôle qu’il semble souvent vouloir incarner. Sa démission s’inscrit-elle dans une suite logique de respect pour l’histoire, ou s’agit-il d’un simple acte politique ? La réponse est peut-être contenue dans le message qu’il a délivré aux élus nationaux.
En ces temps de crise pour le pays, ses positions sont connues : il préfère la paix à la division, l’unité à la discorde, et l’intérêt de l’État aux instincts primaires de survie et de positionnement. Il a tenu à jouer jusqu’au bout son rôle de « pacificateur », mais il s’est frotté aux dynamiques des forces en présence dans la politique congolaise.
Certains critiquent cette décision, car elle a court-circuité le débat et le vote qui auraient pu éclaircir les graves accusations portées contre lui. Cependant, sa démission a l’avantage de permettre au pays de se concentrer sur l’essentiel et d’affronter l’avenir avec sérénité.
Comme il l’a lui-même expliqué, « ma petite personne ne peut en aucun cas bloquer le fonctionnement de l’institution. J’ai préféré prendre les devants. » Il a ainsi considéré que sa présence continuerait à « gripper la machine », même s’il avait survécu au vote.
Le retour du « mal-aimé » ?
Le soulèvement contre Vital Kamerhe et sa mise à l’écart orchestrée en coulisses par des forces dominantes illustrent la « guerre des tranchées » pour les élections de 2028 au sein de l’Union Sacrée. Le sens élevé du devoir d’homme d’État dont il fait preuve le fait souvent passer, selon certains, pour un ennemi de la République.
Comme l’a dit l’auteur américain James Freeman Clarke : « Un politicien pense aux prochaines élections. Un homme d’État pense aux prochaines générations. » Cette citation met en lumière la crise d’hommes d’État que connaît le pays.
Un signe du destin ?
On ne le répétera jamais assez : les grands hommes ne sont pas enclins au sentiment de vengeance. Nelson Mandela a surpris le monde en pardonnant à ses propres bourreaux.
Vital Kamerhe, en demandant pardon à ses collègues, a fait preuve d’une clémence qui doit d’abord venir d’un pardon intérieur. Francis Bacon a d’ailleurs souligné que « celui qui s’applique à la vengeance garde fraîches ses blessures ».
Le pardon ouvre la voie à de nouveaux horizons. Pour Vital Kamerhe, cela pourrait être l’occasion de relancer ses ambitions de devenir un jour président du pays. Comme il l’a lui-même déclaré en quittant son fauteuil, « ce n’est pas la première fois que je pars ».
En effet, l’histoire se répète pour Vital Kamerhe. Il connaît déjà ce chemin. En mars 2009, il avait démissionné dans un contexte similaire. En 2016, il a tenté de se relever lors de l’accord de la Saint-Sylvestre, sans succès, avant de retrouver la lumière deux ans plus tard avec la victoire du ticket « Fatshivit » qui a remporté l’élection présidentielle face à Martin Fayulu et au dauphin de la majorité, Emmanuel Ramazani Shadary.
L’histoire atteste que chaque fois que Vital Kamerhe a démissionné de ses fonctions, il a su se relever de la plus belle des manières. Le destin de cet homme semble ainsi fait, comme s’il était préparé à ce genre de scénario. Reste à savoir si ce sera le cas cette fois-ci. Qualifié de véritable « animal » politique, Vital Kamerhe a la force de caractère nécessaire pour poursuivre sa trajectoire. Un tel homme est-il destructible ? Et si c’était là son grand secret… ?
Gédéon ATIBU









