back to top

Félix Tshisekedi à l’ONU : entre plaidoyer pour la paix et limites d’une diplomatie en quête d’efficacité

Le passage du Président congolais à la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York a retenu l’attention par un discours de 30 minutes axé sur la sécurité, la paix et la justice pour la République démocratique du Congo (RDC). S’il a rappelé avec force les souffrances vécues par les populations de l’Est du pays et le rôle du Rwanda dans le conflit, certaines questions de fond sur la gouvernance, la souveraineté et la redéfinition de la politique étrangère congolaise demeurent encore en suspens.

Un appel pressant face au drame sécuritaire

Le chef de l’État a rappelé que depuis plus de 30 ans, la RDC est meurtrie par des violences récurrentes, entretenues par des groupes armés dont le M23, soutenu par Kigali. Devant la communauté internationale, Félix Tshisekedi a exigé « le retrait des troupes rwandaises, la fin de leur appui au M23 et le retour de l’autorité de l’État congolais sur toutes les zones occupées » comme conditions incontournables à une paix durable.

Cependant, au-delà de cette dénonciation, une interrogation demeure : qui doit assurer prioritairement la restauration de la paix et de l’autorité de l’État, le gouvernement congolais lui-même ou la communauté internationale ? Car la RDC, avec ses 26 provinces et ses milliers de groupements, fait face à des défis de sécurité intérieure qui ne se limitent pas à l’Est. De Kinshasa avec les kulunas, au Kwango avec les Mobondos, en passant par Ituri avec la Codeco, le pays doit aussi compter sur ses propres capacités pour restaurer l’ordre.

Une diplomatie à redéfinir

En se focalisant sur le M23, le président a exprimé une préoccupation majeure. Mais d’autres acteurs armés comme les FDLR, l’ADF ou encore certains groupes d’autodéfense comme les Wazalendo compliquent davantage l’équation. Sans une approche globale et une réaffirmation claire de la puissance militaire et institutionnelle de l’État congolais, les solutions proposées risquent de rester partielles.

Cette posture interroge sur la nécessité d’une redéfinition de la politique étrangère congolaise, afin qu’elle combine la dénonciation des ingérences extérieures avec une stratégie interne solide de gouvernance et de sécurisation.

Le débat sur la reconnaissance d’un génocide

L’un des points marquants du discours fut l’appel du président Tshisekedi à la reconnaissance internationale d’un « génocide congolais » qui aurait frappé son peuple depuis trois décennies. Si le terme interpelle et met en lumière la gravité des crimes commis, il soulève aussi des débats d’ordre juridique et diplomatique.

En effet, les violations graves des droits humains en RDC sont multiples, impliquant des acteurs aux motivations variées (politiques, économiques, sécuritaires). Le concept de génocide, qui suppose l’intention spécifique d’anéantir un groupe identifié, n’a pas encore trouvé de consensus sur la scène internationale. Le risque est de voir cette revendication s’essouffler faute d’un narratif stratégique et juridiquement solide.

Entre attentes populaires et contraintes internationales

Le président congolais a eu le mérite de remettre au centre du débat international les souffrances du peuple congolais et la nécessité d’agir pour la paix. Toutefois, la question reste posée : la communauté internationale, qui n’a pas su intervenir efficacement par le passé, sera-t-elle réellement motivée aujourd’hui à changer la donne ?

L’avenir de la RDC repose sans doute sur une combinaison d’alliances stratégiques à l’extérieur et d’un renforcement de la puissance intérieure — militaire, institutionnelle et diplomatique. Plus que jamais, les Congolais attendent de voir leur pays prendre son destin en main, dans le respect de sa souveraineté et avec une vision claire de son rôle sur l’échiquier mondial.

Gédéon ATIBU

Sur le même sujet

Union africaine : la RDC réélue au Conseil de Paix et de Sécurité avec 44 voix sur 48

La République démocratique du Congo (RDC) a été réélue, ce mercredi 11 février 2026 à Addis-Abeba, membre du Conseil de Paix et de Sécurité...

Révision du Code minier : Serge Nkonde dépose une réforme majeure pour reprendre le contrôle des minerais stratégiques

Le député national Serge Serge Nkonde tient à redonner à la RDC son pouvoir sur des minerais stratégiques, en déposant une proposition de loi...

Fraude pétrolière dans le Haut-Katanga : 800 millions USD envolés et la DGDA accusée de complicités internes

Une fraude douanière massive, structurée et manifestement couverte de l’intérieur. C’est le tableau alarmant dressé dans une correspondance officielle au ton sans concession, consultée...

Congo-Brazzaville : l’éternité du pouvoir et le silence assourdissant des donneurs de leçons

À 82 ans, Denis Sassou Nguesso s’apprête une fois de plus à défier le temps, l’histoire et la démocratie. Au pouvoir de 1979 à...

Insécurité à l’Est : Tshisekedi échange avec le Congrès américain sur l’accord de Washington

Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a échangé ce mercredi avec une délégation de haut niveau de la Commission des affaires étrangères...

Mines : Casmia-G appelle Glencore et Orion CMC à des accords miniers inclusifs en faveur des communautés locales

Alors que Glencore négocie l’entrée du consortium américain Orion CMC dans le capital de Mutanda Mining (MUMI) et de Kamoto Copper Company (KCC), la...

Articles récents