Le débat autour de la succession de Vital Kamerhe à la présidence de l’Assemblée nationale vient de prendre une tournure inédite. Invité de l’émission Face-à-Face sur Top Congo FM, l’honorable Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, actuel président ad intérim de la chambre basse, a ouvertement revendiqué la présidence définitive. Pour lui, il serait “logique” que celui qui assume l’intérim, en sa qualité de membre de la majorité de l’Union sacrée de la Nation (USN), soit confirmé à ce poste stratégique.
Jean-Claude Tshilumbayi justifie sa position par un raisonnement qu’il présente comme institutionnel : “La majorité est claire. L’UDPS a déjà pris la 1ère vice-présidence, mais cela peut changer. Ce qui reste logique, c’est que je devienne président définitif de l’Assemblée nationale.”
Derrière cette logique se cache pourtant un bras de fer politique. En effet, si le règlement intérieur permet au président intérimaire d’assurer la continuité, il ne lui garantit pas automatiquement l’accession au bureau définitif. C’est donc un rapport de force au sein de la coalition USN qui déterminera l’issue.
L’UDPS face au dilemme du partage
La déclaration de Tshilumbayi intervient alors que l’UDPS, parti présidentiel, a déjà son représentant à la 1ère vice-présidence. Une position qui lui donne déjà un poids considérable dans l’hémicycle. Laisser la présidence à un autre regroupement constituerait un calcul stratégique de rééquilibrage, mais valider la prétention de Tshilumbayi reviendrait à consolider son ancrage au sommet de l’institution. La question est donc de savoir si l’USN, mosaïque d’alliances fragiles, est prête à céder la présidence à un homme qui s’impose plus par son rôle actuel que par un consensus politique clair.
Cette sortie médiatique traduit un climat d’incertitude et de compétition féroce au sein de la majorité parlementaire. Elle met également en lumière une tendance récurrente dans la classe politique congolaise : confondre intérim et légitimité définitive. En se projetant comme président sans attendre le processus électif interne, Tshilumbayi prend un risque calculé : forcer la main de ses alliés ou apparaître comme un homme pressé qui outrepasse les équilibres.
La présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un poste honorifique. Elle est l’un des leviers de contrôle et de pilotage du jeu politique congolais. Dans un contexte marqué par la guerre à l’Est et les défis socio-économiques, l’USN cherche à afficher une cohésion. Or, les ambitions individuelles, telles que celles exprimées par Tshilumbayi, risquent de fragiliser la majorité si elles ne sont pas gérées avec diplomatie.
En définitive, la question n’est pas seulement de savoir si Jean-Claude Tshilumbayi a raison de juger “logique” son accession à la présidence définitive, mais plutôt si cette logique institutionnelle coïncide avec la logique politique de l’Union sacrée. Car au Parlement congolais, ce n’est pas toujours le plus logique qui l’emporte, mais le plus stratégiquement positionné.
Ben AKILI









