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Climat : dix ans après l’Accord de Paris, la RDC veut faire entendre sa voix à la COP30

Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, la République Démocratique du Congo (RDC) se met au centre du débat climatique mondial. Scientifiques, experts, diplomates et acteurs du développement se sont réunis à Kinshasa pour un colloque international de haut niveau destiné à évaluer une décennie de mise en œuvre de l’Accord de Paris et à préparer les contributions congolaises pour la COP30, prévue à Belém, au Brésil, en novembre prochain.

Organisé par le Centre des Recherches Interdisciplinaires en Droits de l’Environnement (CRIDE) avec l’appui de la FAO, ce rendez-vous de trois jours marque une étape cruciale pour la RDC, pays considéré comme le deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie.

« Nous organisons ce colloque pour évaluer la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Dix ans après son adoption, il est temps d’en faire une lecture honnête et scientifique », a déclaré le Professeur Cléo Mashini Mwatha, directeur du CRIDE.

Pour ce dernier, l’objectif est clair : identifier les réussites, les failles et les angles morts de cet accord fondateur, afin d’en renforcer la portée et d’en améliorer l’applicabilité sur le terrain. Les échanges s’articulent autour de plusieurs thématiques : le financement climatique, la protection des forêts tropicales, la biodiversité, l’adaptation des communautés locales et l’accès à la technologie verte.

L’ambition est de produire un document stratégique susceptible d’orienter les négociations climatiques lors de la prochaine COP30.

« Nous voulons que la science congolaise parle. Que nos chercheurs apportent une plus-value dans la réflexion mondiale, et qu’ils accompagnent l’État dans la concrétisation de ses engagements climatiques », a ajouté le professeur Mashini Mwatha.

Lors de la séance d’ouverture, le Directeur général de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), Yves Milan Ngangay, a mis en avant la vision du pays à travers le projet emblématique du Couloir Vert Kivu-Kinshasa. Cette aire protégée de 540 000 km², initiée par le Président Félix Tshisekedi, constitue un modèle inédit d’intégration entre écologie, économie et gouvernance territoriale.

Le projet relie écologiquement des zones forestières critiques, protège des espèces emblématiques comme le Bonobo, le Gorille de montagne et l’Okapi, tout en offrant des opportunités d’emplois verts à travers le reboisement, l’agroécologie et l’écotourisme durable.

« Ce projet incarne notre vision d’une conservation territoriale interconnectée et résiliente. Nous intégrons désormais la dimension climatique dans nos plans de gestion, conformément aux contributions déterminées au niveau national », a souligné Yves Milan Ngangay.

En toile de fond, ce colloque s’inscrit dans la préparation de la COP30, qui se tiendra à Belém, dans l’Amazonie brésilienne, du 10 au 21 novembre 2025. Cette conférence est présentée comme un tournant historique : les pays signataires devront y rehausser leurs ambitions climatiques et présenter des politiques plus audacieuses pour contenir le réchauffement en dessous de 1,5°C.

La RDC, forte de ses forêts couvrant plus de 150 millions d’hectares, entend y défendre une justice climatique équitable et un meilleur accès aux financements verts. Elle plaidera également, aux côtés du Brésil, pour la mise en place d’un mécanisme international baptisé “Tropical Forest Forever Facility (TFFF)”, destiné à récompenser les pays qui protègent effectivement leurs forêts tropicales.

La RDC apparaît aujourd’hui comme l’un des rares pays au monde à pouvoir concilier développement et conservation, grâce à ses ressources naturelles exceptionnelles et à une volonté politique renouvelée. Les organisateurs du colloque insistent : le temps n’est plus aux discours, mais à l’action collective et au leadership climatique africain.

« Ce colloque est une opportunité unique pour bâtir des synergies entre la science, la gouvernance et l’économie verte. Le monde ne peut pas gagner la bataille du climat sans le Congo », a martelé un expert participant aux travaux.

À l’issue des trois jours de réflexion, un rapport final de recommandations sera soumis au gouvernement congolais. Ce document servira de base pour l’actualisation de la contribution nationale déterminée (CDN) et pour la préparation technique de la délégation congolaise à la COP30. L’organisation de ce colloque, soutenue par la FAO, traduit la volonté du pays de placer la science, la recherche et la planification stratégique au cœur de la gouvernance climatique.

En dix ans, l’Accord de Paris a démontré l’importance du dialogue et de la solidarité internationale. Mais c’est à Kinshasa, désormais, que se dessine l’espoir d’une relance écologique plus juste, plus africaine et plus ambitieuse.

Patient Mukuna

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