Alors que la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur le changement climatique (COP30) le lundi 10 novembre àBelém, le décor n’aurait pas pu être plus symbolique celui de la forêt amazonienne, véritable cœur vert de la planète, accueille la planète climat. Un écosystème vital qui fait écho au bassin du Congo, deuxième poumon mondial. Mais pour Louis Léandre, expert gabonais en environnement et climat, cette conférence revêt une signification particulière pour l’Afrique centrale.
« C’est l’heure pour les pays du bassin du Congo de transformer les promesses en richesses concrètes. Nous devons cesser de vivre dans une économie virtuelle du carbone et faire en sorte que les milliards de crédits carbone qui dorment deviennent une finance réelle au service du développement durable africain », lance-t-il.
La COP30 s’ouvre dans un contexte mondial tendu celui des guerres, fractures géopolitiques et retrait américain de l’Accord de Paris ont affaibli l’élan collectif.
« Une COP sans les États-Unis deuxième plus grand pollueur mondial a très peu de chances d’aboutir à des mesures contraignantes », regrette l’expert gabonais, qui redoute que les ambitions climatiques soient revues à la baisse.
Selon lui, il est urgent de rehausser les engagements nationaux pour maintenir l’espoir de limiter le réchauffement à 1,5°C, un objectif désormais « en train de s’éloigner dangereusement ». Faute de quoi, prévient-il, la planète pourrait atteindre les +3°C en 2050 et +5°C d’ici la fin du siècle un scénario catastrophique pour les peuples les plus vulnérables.
L’un des points d’achoppement demeure la finance climatique. Les pays développés avaient promis des centaines de milliards de dollars pour aider les États vulnérables à s’adapter et compenser les pertes et dommages liés au climat. Mais la réalité est tout autre. Les fonds promis n’arrivent pas, les mécanismes d’accès restent flous, et les pays insulaires, les plus menacés continuent d’attendre.
« Nous parlons aujourd’hui de milliards de dollars, mais les pipelines de financement sont bouchés. La finance climatique est devenue un mirage pour l’Afrique », déplore Louis Léandre, appelant à une refondation du modèle d’accès aux fonds internationaux.
Le bassin du Congo, un levier ignoré mais stratégique
Pour l’Afrique centrale, et particulièrement la République démocratique du Congo, cette COP doit être celle du réveil des forêts tropicales. Louis Léandre insiste sur « La forêt du Congo qui n’est pas une forêt ordinaire, plutôt un trésor planétaire, un régulateur du climat mondial. Il faut la placer au cœur des négociations, au même titre que l’Amazonie.»
Il prône une alliance renforcée entre les trois grands bassins tropicaux Amazonie, Congo et Mékong afin de peser ensemble sur les négociations mondiales. Selon toujours cet expert, la RDC, le Gabon et leurs voisins doivent adopter une approche projet, concrète et mesurable, plutôt que de se limiter à la spéculation sur les crédits carbone.
« Les marchés du carbone ne nourrissent personne tant que l’argent reste virtuel. Nous devons valoriser nos forêts à travers des projets réels de conservation, de reboisement et de développement communautaire durable », a-t-il démontré.
L’expert gabonais plaide également pour une justice climatique équitable, fondée sur la reconnaissance des efforts de conservation des pays du Sud. Il appelle à l’implication des peuples autochtones, gardiens ancestraux des forêts, dans les mécanismes de bénéfices, notamment via le protocole de Nagoya.
« L’Afrique ne peut plus être spectatrice d’un système qui valorise ses ressources sans rétribuer ceux qui les protègent. C’est une question de dignité et de justice climatique », martèle-t-il.
Une COP de vérité pour l’Afrique
Pour Louis Léandre, la COP30 pourrait marquer un tournant si les pays africains, et surtout ceux du bassin du Congo, s’unissaient pour défendre une position commune, celle d’une Afrique qui ne quémande pas, mais qui revendique son droit à la compensation pour le rôle vital qu’elle joue dans la stabilisation du climat mondial.
« Nous ne devons plus attendre que d’autres parlent pour nous. L’Afrique doit s’imposer comme un acteur stratégique, pas comme une victime éternelle. La forêt du Congo est une solution mondiale elle doit être reconnue, valorisée et rémunérée à sa juste mesure », a-t-il ajouté.
En somme, la COP30 ne sera crédible que si elle traduit les engagements en actes tangibles.
« Cette conférence doit être le tremplin d’un changement profond. Nous avons les forêts, les peuples et la volonté. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est la justice climatique et la transformation de nos atouts naturels en leviers économiques réels pour l’Afrique », conclut Louis Léandre.
Bref, la COP30 à Belém ne doit pas être une conférence de plus, elle doit être le tournant où les discours cèdent enfin la place aux actes, car chaque saison perdue rapproche l’humanité du point de non-retour.
Ben AKILI









