L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) tire la sonnette d’alarme après la signature, à Washington, d’un accord tripartite entre la République Démocratique du Congo, le Rwanda et les États-Unis. Présenté comme une initiative historique pour la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs, ce texte recèle, selon l’ODEP, les germes d’une nouvelle dépendance économique et d’une perte programmée de souveraineté nationale.
Derrière les discours diplomatiques et les promesses de « désescalade durable », l’ODEP voit poindre un danger majeur celui de bradage organisé des minerais stratégiques du Congo à savoir : cobalt, cuivre, coltan, germanium, lithium et terres rares. Ces ressources qui constituent le cœur de l’économie mondiale du XXIe siècle.
Officiellement, l’accord de Washington entend tourner la page de décennies de conflits dans l’Est du pays, en neutralisant les groupes armés et en instaurant un Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM) entre Kinshasa et Kigali. Mais pour l’ODEP, cette « collaboration militaire sans précédent » cache une réalité bien plus préoccupante, celle de la mise en place d’une cogestion économique et sécuritaire où la RDC risque de perdre le contrôle de ses richesses et de ses décisions stratégiques.
« La souveraineté sur nos ressources ne peut être négociée sous couvert de paix. Ce n’est pas une clause diplomatique, c’est une question de survie nationale », martèle l’organisation.
Plus de soixante ans après l’indépendance, la RDC reste prisonnière d’un modèle économique extraverti, fondé sur l’exportation brute de matières premières et la dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers. L’ODEP dénonce un système où les richesses sortent du pays sans jamais transformer la vie des Congolais. « Le Congo produit la richesse du monde, mais reste pauvre chez lui. C’est une injustice économique et morale.»
Les accords de Washington et de Doha, censés corriger ces déséquilibres, auraient au contraire renforcé la tutelle internationale sur les ressources minières congolaises, limitant la marge de manœuvre de l’État et affaiblissant la souveraineté économique.
Sous des termes séduisants comme « intégration régionale » ou « partenariat mutuellement bénéfique », l’accord introduit des dispositifs dangereux. C’est notamment des chaînes d’approvisionnement régionales « intégrées » ; une gestion conjointe des zones économiques et minières ; et des mécanismes de surveillance économique « indépendants » financés par des acteurs extérieurs.
Pour l’ODEP, ces mesures reviennent à institutionnaliser la dépendance. « Comment parler de partenariat équitable lorsque la RDC n’a ni industrie locale, ni pouvoir de fixation des prix, ni maîtrise de ses propres chaînes de valeur ? » interroge l’organisation.
Le Rwanda, dépourvu de réserves significatives de cobalt ou de cuivre, deviendrait paradoxalement un acteur-clé de la redistribution de minerais… congolais. Un scénario que l’ODEP qualifie de “formalisation du pillage sous couvert de coopération.”
Autre sujet d’inquiétude : les « mécanismes indépendants d’audit et de lutte contre la corruption ».
Loin de renforcer la gouvernance interne, ces structures pourraient servir de leviers de contrôle extérieur, obligeant la RDC à justifier chacune de ses décisions économiques devant des instances étrangères.
« Ce qui est présenté comme un instrument de transparence pourrait devenir une forme de supervision permanente, une mise sous tutelle économique en douceur », prévient l’ODEP.
Aucune garantie pour le peuple congolais. L’accord ne prévoit ni quotas de transformation locale, ni obligation d’industrialisation, ni part minimale des revenus pour les communautés minières. Aucune garantie que les minerais congolais profiteront d’abord aux Congolais. Les multinationales continueront d’extraire, les capitaux continueront de fuir, et les populations locales, premières victimes des conflits et de la pauvreté, resteront oubliées. « On ne construit pas la paix en livrant les clés de son économie à d’autres », déclare l’ODEP. « L’accord de Washington promet la stabilité, mais au prix de la souveraineté. C’est inacceptable.»
Un appel à la refondation de la coopération internationale
Face à cette situation, l’ODEP appelle à une refondation totale de la coopération internationale de la RDC, fondée sur : la souveraineté nationale non négociable ; la transformation locale des ressources comme moteur du développement ; la coopération Sud-Sud et panafricaine, bâtie sur la réciprocité et la dignité ; et la priorité absolue à l’intérêt du peuple congolais.
L’accord de Washington révèle une vérité douloureuse. Le Congo ne peut plus se permettre de déléguer son destin. La paix durable ne naîtra pas d’une dépendance accrue, mais d’une reconquête consciente de la souveraineté politique, économique et morale.
« Le Congo d’aujourd’hui ne doit plus quémander sa place dans le monde, il doit l’imposer par sa vision, sa volonté et sa souveraineté retrouvée », conclut l’ODEP.
Au fond, l’accord de Washington ne pose pas seulement une question diplomatique ou économique. Il place la République démocratique du Congo devant un choix civilisationnel. « Accepterons-nous que notre avenir soit écrit depuis des capitales étrangères, sous prétexte de stabilité régionale ? Consentirons-nous, une fois encore, à troquer nos richesses contre des promesses qui ne se réalisent jamais ? Ou déciderons-nous enfin de nous lever, non pas contre la paix, mais pour une paix digne, une paix qui respecte la souveraineté, qui renforce l’État, qui sert d’abord et avant tout le peuple congolais ? », se demande cette Organisation.
Car ajoute l’ODEP, la vraie menace ne réside pas dans les clauses visibles de l’accord, mais dans ses silences. Ces zones d’ombre où se joue déjà le futur des minerais stratégiques qui façonnent le monde de demain. Ce que l’on présente comme un compromis raisonnable pourrait devenir, si nous n’y prenons garde, la plus sophistiquée des dépossessions : une mise sous tutelle dissimulée derrière des mots rassurants comme « intégration », « transparence » ou « stabilisation ».
« L’histoire nous observe. Elle nous rappelle qu’aucune nation ne s’est jamais développée en laissant d’autres décider pour elle. Elle nous avertit que la paix imposée de l’extérieur n’est jamais durable, et que la prospérité sans souveraineté n’est qu’une illusion comptable », a fait savoir un analyste qui rappelle que le Congo n’a pas vocation à être un réservoir de minerais pour les puissances mondiales ni un corridor géostratégique entre les ambitions des uns et les appétits des autres. Il est une nation, avec un peuple, une dignité, une mémoire, un avenir.
C’est pourquoi l’ODEP lance un avertissement. La paix ne peut pas être le cheval de Troie du bradage économique. Si cet accord n’est pas repensé, rééquilibré et replacé sous le contrôle souverain du Congo, il risque de devenir non pas un traité de stabilisation, mais l’acte fondateur d’un nouveau cycle de dépendance, encore plus dangereux que ceux du passé.
Le monde change, les technologies évoluent, les alliances se recomposent. Mais une chose demeure intangible : un peuple qui perd le contrôle de ses ressources perd le contrôle de son destin. Le Congo ne peut plus se permettre ce sacrifice. Pas aujourd’hui. Pas demain. Pas au nom d’une paix qui risque de coûter plus cher que la guerre elle-même.
Ben AKILI et Maxime Mbumba









