Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République et rendue publique sur LinkedIn, Me Didier Bitaki exprime une indignation profonde face à la signature d’un accord présenté comme un “accord de paix”, mais qu’il qualifie plutôt de “déclaration de guerre déguisée pour le peuple congolais”.
Selon Me Didier Bitaki, l’engagement signé par le Chef de l’État à Washington souffre de failles majeures dès sa conception. Pour lui, le document n’a pas été négocié avec la rigueur, la lucidité ni la fermeté que requiert un dossier aussi stratégique que la paix et la souveraineté de la RDC.
Il estime que la partie congolaise a ouvert la porte à un modèle d’intégration économique régionale qui s’aligne dangereusement avec la vision autrefois défendue par l’ex-président français Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire, une exploitation commune des ressources congolaises avec les pays voisins, au détriment de la souveraineté nationale.
Bitaki s’insurge contre le fait que la RDC accepte de conclure un accord de sécurité avec un État qui occupe illégalement une partie de son territoire. Pour lui, il s’agit ni plus ni moins d’une capitulation sous pression, d’un abandon du principe fondamental de souveraineté nationale.
“Comment partager des renseignements stratégiques avec un pays qui bombarde votre territoire et vous impose ses exigences ?”, s’interroge Didier Bitaki.
L’avocat va plus loin pour évoquer une mise sous tutelle déguisée de la RDC et une coopération qui ressemble davantage à un diktat qu’à un partenariat.
FDLR : “Ce dossier n’est pas congolais, il est onusien et européen”
Dans son analyse, Me Bitaki rappelle l’historique souvent occulté du transfert des ex-FAR, Interahamwe et dépendants au Zaïre en 1994. Selon lui, ce sont les Nations unies et l’Union européenne qui ont imposé cette relocalisation, en permettant leur entrée avec armes, équipements, munitions et même leurs institutions financières.
Il reproche au Président de n’avoir jamais exigé à l’ONU un processus international clair de rapatriement, malgré ses sept interventions à la tribune des Nations unies.
Neutralisation des FDLR : “On vous demande de tuer des innocents nés en RDC”
Pour Bitaki, l’engagement pris devant Donald Trump visant la neutralisation des FDLR est une faute politique et morale grave. Selon lui, les FDLR actuels ne sont ni génocidaires ni impliqués dans les évènements de 1994. Il s’agit pour la plupart d’enfants nés dans les forêts congolaises, âgés de 18 à 30 ans, “victimes des faits antérieurs à leur existence”.
Il dénonce ce qu’il considère comme un chantage rwandais : tuer les FDLR pour obtenir le retrait des troupes rwandaises qui occupent la RDC. Pour Bitaki, cela équivaut à faire du Président congolais un acteur d’exécutions extrajudiciaires, en contradiction totale avec sa posture d’“homme de Dieu”.
“99 % des FDLR ont été rapatriés. Ceux qui restent combattent pour le Rwanda.”
En s’appuyant sur deux décennies d’implication dans les processus de paix, Me Bitaki affirme que 99 % des FDLR ont été déjà rapatriés entre 2002 et 2022, grâce aux programmes DDRRR de la MONUC/MONUSCO. Bref, les résiduels ne représentent plus une menace stratégique.
Les FDLR que le Rwanda demande de neutraliser “sont désormais dans ses propres rangs, recyclés et déployés en RDC aux côtés du M23”. Il accuse Kigali de manipuler ce dossier depuis des années pour justifier son expansion militaire et son pillage des ressources congolaises.
“Un accord de paix qui ressemble à un piège”
Pour Me Bitaki, la signature du Président congolais engage le pays dans un processus qui met en péril la souveraineté nationale, ignore la vérité historique, évite les responsabilités internationales, et place la RDC dans une position de faiblesse diplomatique dangereuse.
Il estime que cet accord doit être revu, renégocié ou dénoncé, tant il porte des implications lourdes pour l’avenir du pays.
“Monsieur le Président, vous n’avez pas signé un accord de paix. Vous avez signé plutôt une déclaration de guerre dans un processus de paix de cimetière pour les Congolais”, a-t-il démontré.
Il annonce que sa démarche vise à pousser le Chef de l’État à reconsidérer entièrement le dossier, dans l’intérêt exclusif de la nation congolaise.
Au terme de son analyse, Me Didier Bitaki ne se contente pas d’un simple appel à la vigilance ; il lance un cri d’alarme national. Pour lui, l’heure n’est plus aux discours, mais à une prise de conscience collective face à la gravité des décisions prises au nom de la République. Il estime que l’accord signé à Washington présenté à l’opinion comme un pas vers la paix cache en réalité les germes d’une nouvelle vulnérabilité nationale, une brèche ouverte dans la souveraineté congolaise que les générations futures pourraient payer au prix fort.
Me Bitaki exhorte ainsi le Chef de l’État à revenir sur sa signature, à réévaluer froidement l’ensemble du processus et à interroger le véritable fondement de cet engagement. S’agit-il réellement d’un acte posé pour la paix, ou d’une concession imposée sous la contrainte d’intérêts extérieurs qui n’ont jamais considéré la RDC autrement que comme une réserve stratégique de richesses à dompter ?
Il rappelle que la paix ne se décrète pas sous pression ni sous tutelle, encore moins dans un contexte où l’agresseur dicte les conditions. Une paix juste et durable se construit sur la vérité, sur la responsabilité des acteurs régionaux et internationaux, sur le respect mutuel entre États, et surtout sur la défense inébranlable des droits du peuple congolais.
Pour lui, tout accord qui ignore ces principes fondamentaux ne peut être qualifié de paix. Il ressemble plutôt à une reddition maquillée, à une mise en scène diplomatique destinée à satisfaire des agendas étrangers au prix du sang congolais.
Ainsi, Me Bitaki conclut son analyse en disant que le Président de la République n’a pas signé un horizon d’espoir, mais une page d’incertitude profonde. Il l’invite à ne pas laisser son nom associé à un document qui pourrait être retenu par l’histoire comme le point de départ d’une fragilisation politique irréversible. Car a-t-il ajouté, la nation congolaise longuement meurtrie, souvent trahie, mais jamais vaincue, mérite un leadership capable de dire non quand l’essentiel est en jeu, un leadership qui place la souveraineté nationale au-dessus de toutes les pressions, même les plus habillées en diplomatie.
“Revoir, réexaminer, résister.” Voilà, selon Me Bitaki, les trois verbes qui devraient guider l’action présidentielle aujourd’hui. C’est un appel à la responsabilité historique. Un appel à préserver la dignité de la République. Un appel à empêcher que le Congo, encore une fois, ne soit conduit vers une paix de cimetière.
Ben AKILI









