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Délocalisations minières au Lualaba : les communautés toujours perdantes et la Société civile dénonce les failles

Malgré l’existence d’un Code minier révisé et d’un édit provincial encadrant la délocalisation des communautés, la province du Lualaba reste le théâtre de conflits persistants entre entreprises minières et populations locales. C’est le constat alarmant dressé par quatre organisations de la société civile lors d’une table ronde organisée à Kolwezi du 19 au 20 décembre 2025.

Les ONG Afrewatch, IBDGH, IPDHOR et le Centre d’aide juridique ont réuni autour d’une même table des représentants des autorités provinciales, des entreprises minières, des acteurs de la société civile ainsi que des médias. Au cœur des échanges : la problématique de la délocalisation des communautés affectées par l’expansion des projets miniers dans cette province stratégique de la République démocratique du Congo.

Un cadre juridique sans impact réel sur le terrain
L’année 2018 a marqué l’entrée en vigueur du nouveau Code minier congolais, censé renforcer la protection des communautés affectées par l’exploitation des ressources naturelles. En 2022, la province du Lualaba s’est également dotée d’un édit provincial spécifique à la délocalisation. Pourtant, selon les organisations organisatrices, ces instruments juridiques restent largement inefficaces dans leur application.

« La province enregistre de nombreuses plaintes et des scandales récurrents liés aux délocalisations », déplorent les ONG. Elles soulignent que, dans la pratique, les communautés déplacées ne voient ni leurs conditions de vie améliorées ni leurs droits respectés, contrairement aux promesses formulées par les entreprises minières.

La délocalisation, une source majeure de conflits

Le boom minier que connaît le Lualaba contribue certes à l’économie nationale, mais il a aussi un coût social élevé. De nombreux villages riverains des sites miniers ont été contraints de disparaître, obligeant des familles entières à quitter leurs terres ancestrales pour s’installer ailleurs, souvent dans des conditions précaires.
Ces déplacements forcés sont devenus une source importante de tensions. Les communautés dénoncent un manque de consultation, des indemnisations jugées insuffisantes et l’absence de transparence dans les processus de relocalisation.

Pour Jean-Pierre Lwamba, de l’ONG Afrewatch, la situation est préoccupante.

« La délocalisation devait être le dernier recours dans la gestion des conflits entre les entreprises et les communautés. Elle devrait aussi améliorer les conditions de base des populations concernées. Malheureusement, à cause du manque de transparence, aucune entreprise minière ne peut aujourd’hui être citée comme un modèle en matière de délocalisation », a-t-il déclaré.

Il insiste sur la nécessité d’une meilleure communication entre toutes les parties afin d’éviter des frustrations et des plaintes tout au long du processus.

Présent à la rencontre, le ministre provincial des Affaires foncières, Jean-Pierre Mupatayi, également responsable de la commission provinciale des délocalisations, a rappelé le rôle d’arbitre que joue l’État dans ces processus délicats.

« Nous essayons d’accompagner les délocalisations. Même si c’est l’entreprise qui a la responsabilité de relocaliser les communautés, la société civile et les médias doivent aussi jouer leur rôle, notamment en communiquant correctement et en évitant les spéculations », a fait savoir Jean-Pierre Mupatayi.

Cette prise de position a suscité des échanges nourris, certains acteurs estimant que l’État devrait renforcer son contrôle et veiller à l’application stricte des textes existants. Les quatre organisations de la société civile ont défini trois objectifs majeurs pour cette table ronde. Il s’agit d’abord d’identifier clairement les problèmes et les défis liés au processus de délocalisation.

Ensuite, sensibiliser l’ensemble des parties prenantes aux droits des communautés et aux obligations légales des entreprises. Enfin, élaborer une note de plaidoyer destinée à améliorer les pratiques actuelles et à renforcer le cadre réglementaire.

À l’issue des travaux, une déclaration finale est attendue. Les ONG espèrent qu’elle servira de base à des réformes concrètes, capables de mettre fin aux abus et de replacer les communautés locales au centre du développement minier du Lualaba.

Ben AKILI

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