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Justice congolaise : un avocat interpelle le Ministre d’État sur de graves dysfonctionnements au Barreau du Haut-Katanga

La dénonciation est grave, documentée et formulée dans un ton d’indignation maîtrisée. Dans une correspondance officielle adressée au Ministre d’État en charge de la Justice, Maître Joseph Kitangala Kabala, citoyen congolais et avocat, affirme être victime d’un déni de justice caractérisé et de dysfonctionnements profonds au sein de certaines instances de l’Ordre National des Avocats, en particulier le Barreau du Haut-Katanga.

S’inscrivant dans le sillage de la communication gouvernementale du 9 janvier 2026 sur la moralisation du secteur judiciaire, l’avocat dit avoir décidé de « rompre le silence » face à ce qu’il perçoit comme une justice disciplinaire à géométrie variable, marquée par le favoritisme et l’impunité.

« Je me considère victime d’un déni de justice ainsi que de dysfonctionnements graves que je perçois comme relevant du favoritisme, de l’impunité et d’une justice d’exception », écrit-il au Ministre d’État.

Au cœur de cette dénonciation figure une consignation financière de 32 500 dollars américains, versée auprès du Barreau du Haut-Katanga pour le compte d’un tiers. Selon Maître Kitangala, la destination complète de cette somme n’a jamais été clairement expliquée, malgré ses multiples démarches.

Il affirme avoir saisi le Bâtonnier National de l’époque, Maître Matadi Wamba Kamba Muntu, lequel lui aurait indiqué ne jamais avoir reçu la plainte, en dépit de preuves d’accusés de réception que l’avocat affirme détenir. Son successeur, Maître Michel Shebele Makoba, est quant à lui accusé de n’avoir engagé aucune procédure disciplinaire à l’encontre de deux avocats pourtant nommément cités dans les plaintes.

« Ces éléments nourrissent chez moi un sentiment d’injustice et de traitement inégal », souligne-t-il, évoquant une rupture manifeste du principe d’égalité devant la discipline professionnelle.

Des plaintes disciplinaires restées sans décision motivée

L’avocat indique également avoir introduit une autre plainte visant trois membres du Barreau, portant sur un dossier judiciaire qu’il estime entaché d’irrégularités graves. Là encore, malgré certaines démarches administratives, aucune décision disciplinaire motivée ne lui aurait été notifiée. Pourtant, un élément renforce son incompréhension. Il s’agit notamment d’une correspondance officielle du Procureur Général près le Conseil d’État, datée du 18 août 2024, demandait expressément qu’une suite lui soit communiquée. « En dépit de cette correspondance, cela n’a jamais été fait », déplore-t-il, y voyant le signe de blocages institutionnels persistants.

Sans affirmer l’existence de fautes établies, Maître Kitangala Kabala évoque l’hypothèse de dysfonctionnements sérieux, estimant que seule une enquête administrative indépendante serait en mesure de faire toute la lumière sur ces affaires.

« Ma démarche n’est guidée ni par la haine ni par un esprit de revanche, mais par la conviction que la crédibilité de la justice congolaise repose sur la transparence et la probité », insiste-t-il.

Un appel à l’État pour restaurer la crédibilité de la justice

Dans sa lettre, l’avocat formule trois demandes principales. D’abord l’ouverture d’une enquête administrative indépendante ; des réponses disciplinaires motivées, écrites et traçables et
la garantie effective du principe d’égalité devant la loi et la discipline professionnelle.

Cette dénonciation intervient dans un contexte où les autorités politiques affichent leur volonté de réformer en profondeur le système judiciaire congolais. Reste à savoir si cet appel, formulé avec gravité et indignation, recevra une réponse à la hauteur des enjeux soulevés. Pour Maître Joseph Kitangala Kabala, l’affaire dépasse son cas personnel : « Il en va de la confiance des citoyens dans leur justice », conclut-il.

Car au-delà des noms cités et des montants évoqués, la question posée par Maître Joseph Kitangala est fondamentale, la justice congolaise peut-elle se réformer sans se regarder elle-même en face ? Si le silence persiste, il ne sera plus perçu comme une simple lenteur administrative, mais comme un aveu de défaillance institutionnelle. Et dans un État de droit qui se veut crédible, l’impunité, elle, finit toujours par faire jurisprudence contre la justice elle-même.

Maxime MBUMBA

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