Alors que le Gouvernement se félicite de la revalorisation du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), une colère sourde gronde au cœur même de l’appareil chargé d’en assurer l’application. Les Inspecteurs et Contrôleurs du Travail, piliers de la régulation sociale, dénoncent une situation qu’ils qualifient d’hypocrisie d’État et brandissent la menace d’un boycott des missions de contrôle.
Le décret du 30 mai 2025 fixant le SMIG à 21.500 francs congolais a été présenté comme une avancée sociale majeure, attendue par des millions de travailleurs congolais. Mais derrière cette décision salutaire, une contradiction flagrante éclate au grand jour. Ceux qui doivent faire respecter la loi sociale vivent eux-mêmes dans la précarité et l’humiliation.
Dans une correspondance adressée à la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement, l’Inspecteur du Travail Mugisho Mihigo Bénédiction brise le silence et met à nu une réalité institutionnelle alarmante. Il rappelle que l’Inspection Générale du Travail est légalement l’unique organe habilité à veiller à l’application du droit du travail en RDC, et que toute politique sociale crédible repose sur sa crédibilité, son indépendance et la dignité de ses agents.Or, sur le terrain, le tableau est sombre, presque indécent.
Les Inspecteurs et Contrôleurs du Travail accusent quatre mois d’arriérés de prime spéciale de motivation et de fonction, versée à seulement 30 % du barème reconnu. À cela s’ajoute l’absence de mécanisation salariale pour de nombreux agents, plus de trois ans après leur recrutement, ainsi qu’un manque criant de moyens logistiques et financiers rendant toute mission de contrôle sérieuse pratiquement impossible.
« Il est juridiquement, moralement et socialement inacceptable que l’État exige du secteur privé le respect strict des normes sociales qu’il viole lui-même à l’égard de ses propres agents », martèle l’Inspecteur Mugisho.
Face à cette situation jugée intenable, les Inspecteurs et Contrôleurs du Travail haussent le ton. Ils annoncent se réserver le droit de boycotter toutes les missions de contrôle liées à l’application du nouveau SMIG, tant que leurs revendications légitimes resteront ignorées. Une décision lourde de conséquences, mais assumée comme un cri d’alarme institutionnel, et non comme un acte de défiance ou de rébellion.
Cette fronde met le Gouvernement face à ses responsabilités. Comment imposer la justice sociale dans les entreprises quand l’État lui-même fragilise ses propres agents ? Comment crédibiliser une réforme sociale lorsque ses premiers artisans sont abandonnés? Au-delà du SMIG, c’est toute la cohérence de l’action publique qui est aujourd’hui questionnée. Car sans Inspecteurs du Travail respectés, motivés et correctement pris en charge, la revalorisation salariale risque de rester un slogan politique, vidé de toute effectivité sur le terrain.
L’alerte est lancée. Reste à savoir si le Gouvernement choisira d’éteindre l’incendie par des mesures urgentes et concrètes, ou de laisser cette indignation se transformer en crise sociale ouverte au sein même de l’administration publique.
Maxime MBUMBA









