back to top

Kinshasa : 3 000 agents sur les routes pour un contrôle strict

Alors que la ville s’effondre sous le poids de routes inexistantes, d’infrastructures délabrées et d’une urbanisation chaotique, les autorités provinciales déploient plus de 3 000 agents pour traquer les documents des véhicules. Une démonstration de force qui contraste violemment avec l’abandon criant des responsabilités fondamentales de l’État.

La réalité quotidienne des Kinois est pourtant connue de tous : des routes impraticables, des avenues transformées en rivières à la moindre pluie, des embouteillages monstres causés non pas par les chauffeurs, mais par l’absence totale de planification urbaine, de signalisation et d’entretien. À Kinshasa, la circulation est anarchique parce que l’État a déserté le terrain.

Mais au lieu de réparer, on réprime, au lieu de planifier, on sanctionne et au lieu de gouverner, on intimide. Il faut le dire clairement. Ce ne sont pas les véhicules sans documents qui créent les embouteillages, mais des routes mal conçues, abandonnées ou inexistantes. Ce ne sont pas les chauffeurs qui provoquent le chaos, mais l’absence de politiques publiques sérieuses, le manque de vision et surtout une corruption systémique que personne n’ose réellement combattre.

Pendant que certains responsables retroussent les manches dans des bureaux climatisés, le peuple, lui, marche des kilomètres sous le soleil accablant, patauge dans les inondations, subit un transport humiliant et lutte chaque jour pour simplement manger. Le social est au rabais, le transport est un calvaire, la vie est devenue une survie. Et face à cette misère structurelle, quelle est la réponse du pouvoir provincial ?

Multiplier les contrôles et les amendes, comme si la pauvreté se réglait par la répression. De nombreux citoyens dénoncent une politique de contrôle sans solutions, perçue comme un écran de fumée destiné à masquer l’échec de la gouvernance actuelle. On frappe le plus faible pour cacher l’irresponsabilité des dirigeants. Cette stratégie punitive alimente la colère, la frustration et le sentiment d’injustice.

Plus grave encore, le gouverneur de la ville, Daniel Bumba, s’est récemment opposé au contrôle initié par le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur Jacquemain Shabani, qui visait à évaluer sa gestion. Celui qui détient le mandat de rendre des comptes refuse toute évaluation, mais trouve normal de soumettre les citoyens à un contrôle permanent et brutal. Une contradiction flagrante qui choque l’opinion publique.

La redevabilité, pourtant pilier de toute gouvernance démocratique, semble absente de la gestion provinciale. Les taxes sont payées, mais rien de concret n’est visible sur le terrain. Ailleurs, les citoyens peuvent mesurer l’impact de leurs contributions. À Kinshasa, ils ne récoltent que poussière, boue, embouteillages et humiliations quotidiennes.
Comme l’écrit un internaute indigné. «J’ai retenu que Bumba a refusé le contrôle du VPM, mais il préfère nous terroriser avec 3 000 agents mal formés… les conséquences seront comptabilisées

Kinshasa n’a pas besoin de plus d’agents sur les routes. Elle a besoin de routes. Elle n’a pas besoin de plus de sanctions. Elle a besoin de justice, de gouvernance et de dignité. La colère gronde. Et cette fois, elle ne vise pas les chauffeurs, mais ceux qui ont transformé la capitale en symbole d’abandon et d’arrogance politique.

Car à force de gouverner par la peur plutôt que par la vision, le pouvoir finit toujours par perdre sa légitimité morale. Kinshasa n’est pas une ville à discipliner, c’est une capitale à reconstruire. Chaque contrôle inutile, chaque amende injuste, chaque agent déployé pour compenser l’absence de routes est un aveu d’échec politique. On peut multiplier les barrières, mais on ne barrera jamais la colère d’un peuple qui souffre et qui voit clair.

L’histoire est implacable, les peuples ne se révoltent pas contre l’ordre, ils se révoltent contre l’injustice. Et à Kinshasa, l’injustice n’est plus un sentiment, c’est un système. Si les dirigeants continuent de refuser la redevabilité, d’ignorer la misère quotidienne et de gouverner sans rendre compte, alors les conséquences ne seront pas seulement comptabilisées sur les routes, mais dans la mémoire collective. Car une capitale abandonnée finit toujours par demander des comptes. Et ce jour-là, ni 3 000 agents, ni la répression, ni le silence ne suffiront à étouffer la vérité.

Emmanuel KAMBA

Sur le même sujet

Mbuji-Mayi : Auguy Kalonji mobilise une foule impressionnante et défend un Congo fondé sur l’intégrité

Accueil triomphal, mobilisation impressionnante et message politique structurant : l’arrivée du député national et président d’ABIR, Auguy Kalonji, a marqué les esprits dans la...

Tanganyika : le député provincial Joseph Barnabé Kalonda brise le silence et interpelle le gouverneur Kitungwa sur une gestion jugée “chaotique”

La situation politique et administrative dans la province du Tanganyika prend une tournure critique. À l’initiative du député provincial Joseph Barnabé Kalonda Kantala, une...

RDC : 300 millions USD impayés, le gouvernement annonce un recouvrement forcé contre les débiteurs du FPI

La révélation fait l’effet d’une onde de choc. Devant les élus nationaux, le ministre intérimaire de l’Industrie, Justin Kalumba Mwana-Ngongo, a exposé une réalité...

Assemblée nationale : motion Shabani rejetée, le député Laddy Yangotikala refuse de parler « d’échec » et maintient la pression

Le rejet de la motion de défiance visant le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, n’a pas entamé la détermination du député...

RDC : la Banque centrale parie sur le franc congolais et affiche une économie en croissance

Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a dressé un état des lieux de la conjoncture économique nationale lors d’un briefing...

Haut-Katanga : le DG du SAEMAPE refoulé d’un site minier à Kambove par la garde présidentielle, symptôme inquiétant d’un désordre institutionnel

Un incident pour le moins troublant s’est produit à Kambove, dans la province du Haut-Katanga où l'on voit dans une vidéo relayée dans les...

Articles récents