Le décor est désormais planté. La République démocratique du Congo a décidé de sortir du rôle d’observateur pour s’imposer comme acteur central au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À l’issue de la réunion du Conseil des ministres tenue ce vendredi 30 janvier, le Gouvernement congolais a officiellement annoncé son intention de présenter un candidat au poste de secrétaire général de l’institution.
Cette décision marque l’ouverture d’un nouveau front diplomatique entre Kinshasa et Kigali, la candidature congolaise venant directement faire obstacle à celle de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2018 et désireuse de briguer un troisième mandat, une perspective de plus en plus controversée au sein de l’espace francophone.
Selon plusieurs sources concordantes, la RDC s’apprête à investir Christophe Lutundula, figure chevronnée de la diplomatie congolaise, pour porter ses ambitions à la tête de l’OIF. Un choix stratégique qui traduit la volonté de Kinshasa de reprendre l’initiative politique et de peser durablement sur les orientations de cette organisation internationale.
Ironie de l’histoire diplomatique, lors de son accession au secrétariat général de la Francophonie, Louise Mushikiwabo avait bénéficié du soutien décisif de la RDC. Un appui aujourd’hui retiré, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions et par la volonté de Kinshasa de rééquilibrer les rapports de force au sein des instances multilatérales.
Première nation francophone au monde en nombre de locuteurs, la RDC entend désormais transformer ce poids démographique en levier politique. Pour les autorités congolaises, il est temps que cette réalité se reflète au sommet de l’OIF, longtemps perçue comme éloignée des véritables enjeux des peuples francophones, notamment africains. Si Kinshasa a parfois été critiquée pour son absence à certaines grandes rencontres de l’organisation, cette candidature sonne comme un retour offensif sur la scène francophone, porté par une diplomatie désormais plus affirmée et résolument conquérante. La bataille qui s’annonce rude. Elle exigera une campagne de persuasion intense auprès des États membres et une mobilisation diplomatique tous azimuts.
Au-delà d’une simple compétition de personnes, ce scrutin s’annonce comme un duel politique à forte charge symbolique, aux résonances régionales et géopolitiques évidentes. Pour la RDC, l’enjeu est de rafler ce poste stratégique, faire entendre sa voix et redéfinir l’équilibre du pouvoir au sein de la Francophonie.
Maxime MBUMBA









