Les notables du Kongo Central sont sortis de leur réserve et brisent un silence devenu, à leurs yeux, complice. Dans une lettre ouverte au vitriol, ils accusent directement André Wameso, Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, d’être au cœur d’une entreprise méthodique de déstabilisation politique, après l’échec d’un projet de contrôle total de la province mené, selon eux, avec l’ancien gouverneur Guy Bandu.
Loin d’une opposition républicaine assumée et constructive, les signataires dénoncent ce qu’ils qualifient de “guerre de l’ombre”, nourrie par la corruption politique, l’achat de consciences et la manipulation des institutions provinciales. Au centre des accusations, le versement mensuel présumé de 1 000 dollars américains à chaque député provincial, une pratique que les notables assimilent à une prime de déstabilisation.
« Après avoir porté, sans succès, un projet de contrôle total de la province avec l’ancien gouverneur Guy Bandu, nous constatons avec amertume que l’échec politique n’a pas conduit à une opposition responsable, mais à une entreprise clandestine de sabotage des institutions. Ce qui se trame aujourd’hui dans le Kongo Central n’est pas une divergence d’idées, c’est une guerre sournoise contre la volonté populaire », écrivent-ils, dénonçant une dérive qu’ils jugent dangereuse pour la stabilité démocratique de la province.
Les notables vont plus loin et rejettent toute tentative de banalisation de ces pratiques, qu’ils considèrent comme une atteinte grave à l’éthique républicaine et à la souveraineté du suffrage.
« Le versement systématique d’une somme mensuelle de 1 000 dollars à des députés provinciaux ne relève ni de la générosité ni d’un soutien politique légitime. Il s’agit d’un achat de conscience organisé, d’une corruption institutionnalisée qui vide la démocratie de son sens. Acheter des élus, c’est confisquer la voix du peuple. Et confisquer la voix du peuple, c’est commettre un crime contre la démocratie », martèlent-ils.
Dans cette lettre ouverte, les notables du Kongo Central appellent à une prise de conscience nationale, mettant en garde contre la normalisation de pratiques qu’ils estiment incompatibles avec l’État de droit. Ils exigent que la lumière soit faite sur ces allégations et que les institutions compétentes assument pleinement leurs responsabilités.
Au-delà du cas André Wameso, c’est un système de gouvernance parallèle qu’ils disent combattre. Un système où l’argent remplace le débat, où l’ombre supplante la transparence, et où la démocratie devient une variable d’ajustement au service d’ambitions personnelles.
Maxime MBUMBA









