À 82 ans, Denis Sassou Nguesso s’apprête une fois de plus à défier le temps, l’histoire et la démocratie. Au pouvoir de 1979 à 1992, puis de nouveau depuis 1997, le président congolais doit officialiser ce jeudi 5 février sa candidature à l’élection présidentielle du 15 mars 2026. Un énième chapitre d’un règne qui ressemble de plus en plus à une confiscation permanente de l’État.
Quarante ans d’influence politique directe ou indirecte. Des constitutions modifiées, des élections verrouillées, une opposition marginalisée, parfois muselée. Le cas Denis Sassou Nguesso n’est plus celui d’un simple dirigeant expérimenté, mais celui d’un système bâti autour d’un homme, de son clan et de ses intérêts.
La question n’est plus de savoir s’il peut encore gouverner, mais pourquoi il refuse de partir. Peur de rendre des comptes ? Volonté de protéger des réseaux économiques et sécuritaires ? Absence délibérée de relève politique organisée ? Tout concourt à l’idée d’un pouvoir qui s’accroche, non par vision, mais par instinct de survie.
Deux Congo, deux poids, deux mesures
Pendant ce temps, à Kinshasa, Félix Tshisekedi est la cible quotidienne d’une pression intense pour qu’il respecte strictement la Constitution et quitte le pouvoir en 2028. Ironie de l’histoire : le même Tshisekedi est en première ligne diplomatique pour la restauration de la paix dans l’Est de la RDC, tentant de stabiliser une région abandonnée depuis des décennies par la communauté internationale. Pourquoi cette différence de traitement ? Pourquoi l’un est-il sommé de prouver son attachement à la démocratie quand l’autre bénéficie d’un silence presque complice malgré un règne interminable ?
Qui mérite vraiment le mot “dictateur” ?
Le terme est souvent brandi à géométrie variable. On l’utilise contre ceux qui dérangent, rarement contre ceux qui arrangent. Un dirigeant qui modifie les règles pour rester au pouvoir, qui neutralise l’alternance et gouverne sans véritable contre-pouvoir, ne coche-t-il pas toutes les cases du dictionnaire politique de la dictature ?
Si la démocratie se mesure à l’alternance, à la liberté politique et à la reddition des comptes, alors le cas Sassou Nguesso pose un problème majeur. Et ce problème n’est pas seulement congolais : il est international.
Denis Sassou Nguesso serait-il protégé par la France et certaines puissances occidentales ? La question mérite d’être posée. Relations historiques, intérêts pétroliers, stabilité factice préférée au risque démocratique, autant d’éléments qui expliquent peut-être pourquoi Brazzaville échappe aux critiques virulentes adressées à d’autres capitales africaines.
Ce silence contraste violemment avec les discours quotidiens sur la bonne gouvernance, l’État de droit et la démocratie en Afrique. Une démocratie sélective, conditionnelle, opportuniste. Où sont les voix moralisatrices ? Où sont ceux qui crient matin, midi et soir sur le respect des constitutions africaines ? Où sont les ONG bruyantes, les chancelleries indignées, les éditoriaux enflammés ? Leur absence face à l’éternisation du pouvoir au Congo-Brazzaville interroge et dérange. Car le vrai danger pour l’Afrique n’est pas seulement l’autoritarisme local, mais l’hypocrisie globale qui le rend possible.
Le plus choquant n’est peut-être plus que Denis Sassou Nguesso se représente. Le plus grave, c’est que cela ne choque presque plus personne. L’anormal est devenu normal, l’inacceptable est devenu banal. Et tant que cette complaisance durera, la démocratie africaine restera un slogan creux, vidé de son sens par ceux-là mêmes qui prétendent la défendre.
Ben AKILI









