Le musée de Tervuren refuse de transférer ses archives géologiques à une société minière américaine, malgré des pressions diplomatiques attribuées à l’administration Trump. En jeu, un demi-kilomètre de documents stratégiques sur les ressources minières d’Afrique centrale. L’AfricaMuseum de Tervuren campe sur ses positions. L’institution fédérale belge a refusé de transférer ses archives géologiques relatives au Congo à l’entreprise minière américaine KoBold Metals, qui souhaite exploiter ces données afin de cartographier les ressources minérales de la région.
« Nous voulons assurer nous-mêmes la numérisation et ne pas la confier à une entreprise privée », affirme la direction du musée.
Une décision motivée, selon elle, par la volonté de préserver l’indépendance scientifique et l’accès public à ces documents. Les archives concernées représentent environ 500 mètres linéaires de documents. Elles proviennent principalement de compagnies minières belges ayant cessé leurs activités à la fin des années 1960.
« Ces archives contiennent des informations sur le Congo, mais aussi sur le Rwanda, le Burundi et d’autres pays africains », précise Ouvry, responsable au sein du musée. « Il est donc inexact de considérer que l’ensemble des données concerne uniquement le Congo ou qu’elles devraient automatiquement lui être transférées.» Ces documents, qui comprennent cartes géologiques, relevés techniques et rapports d’exploration, constituent une source précieuse pour comprendre le potentiel minéral de la région notamment en métaux stratégiques essentiels à la transition énergétique.

En tant qu’archives fédérales publiques, ces fonds sont déjà consultables par les chercheurs. Les entreprises privées peuvent également y accéder, à condition d’obtenir l’autorisation des autorités compétentes, notamment du gouvernement congolais pour les sections concernées. Toutefois, l’inventaire reste partiellement achevé, ce qui complique la consultation exhaustive du fonds. La numérisation apparaît dès lors comme une étape clé, mais le musée insiste pour en garder la maîtrise.
Selon le quotidien De Standaard, l’administration Trump aurait exercé des pressions politiques afin que les archives soient transférées à KoBold Metals pour numérisation. Le président américain aurait depuis longtemps manifesté son intérêt pour les ressources minières congolaises, cruciales pour les technologies de pointe et les batteries électriques.
Le porte-parole du ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, confirme que « des contacts techniques ont eu lieu avec les autorités congolaises il y a quelques mois ». L’ambassade des États-Unis aurait également abordé la question avec le bureau Afrique du ministère.
Ces échanges se seraient déroulés principalement au niveau diplomatique et technique, sans implication ministérielle directe. Les autorités belges se montrent toutefois fermes.
« Il n’est pas question d’accorder à une entreprise privée un accès privilégié ou exclusif », assure une source proche du dossier.
Derrière ce bras de fer se dessine un enjeu plus large, la maîtrise des données stratégiques liées aux ressources naturelles africaines. Entre transparence scientifique, souveraineté des États concernés et intérêts industriels mondiaux, l’AfricaMuseum se retrouve au cœur d’une bataille où archives et minerais pèsent lourd.
La Rédaction









