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Mbuji-Mayi : la qualité des routes construites par SAFRIMEX suscite de vives inquiétudes

Moins d’un an. C’est le temps qu’auront résisté certaines routes à Mbuji-Mayi avant de montrer des signes évidents de dégradation. Un délai dérisoire au regard des millions engagés, et qui soulève une question brûlante : où est réellement passé l’argent ?

Comment expliquer qu’un projet aussi coûteux près de 2 millions de dollars américains par kilomètre selon les termes du contrat produise des routes qui se dégradent avant même d’avoir servi durablement ? À titre de comparaison, les standards généralement admis dans des contextes similaires situent le coût moyen autour d’un million de dollars par kilomètre pour des infrastructures solides. Pire encore, certains experts indépendants estiment que, compte tenu de leur qualité actuelle, ces routes de Mbuji-Mayi ne vaudraient même pas 300 000 dollars le kilomètre.

Le fossé entre les montants engagés et la réalité sur le terrain choque. Il alimente des soupçons persistants de surfacturation et de détournement de fonds publics. Car au-delà des chiffres, c’est bien la qualité des travaux réalisés qui interpelle.

Matériaux douteux, absence apparente de contrôle rigoureux, exécution précipitée, tout semble indiquer que les règles élémentaires de construction ont été ignorées.

Au cœur de cette controverse se trouve la société Safrimex, principale exécutante de ces travaux. Déjà critiquée dans d’autres projets pour des prestations jugées insuffisantes, l’entreprise est aujourd’hui pointée du doigt pour ce qui ressemble à un énième fiasco.

Comment une société ayant bénéficié de financements aussi conséquents peut-elle livrer des infrastructures aussi fragiles ? La question mérite d’être posée, avec insistance. Mais SAFRIMEX n’est pas seule à être mise en cause. Des voix s’élèvent également pour dénoncer la responsabilité de certains décideurs publics.

Le nom de David Mukeba, conseiller principal du chef de l’État en matière d’infrastructures, revient avec insistance dans les témoignages recueillis. Son implication présumée dans le suivi ou la validation de ces projets soulève de sérieuses interrogations sur la chaîne de responsabilité.

Hormis David mukeba qui est pointé du doigt accusateur, il y a aussi le laxisme de l’office des voiries et drainage « OVD » qui réceptionne ces routes sans contrôle sérieux, c’est qui frise la complicité. Ce qui apparaissait comme travail bien fait, se révèle plutôt comme une escroquerie à ciel ouvert au premier passage d’un poids lourd (voir l’avenue cathédrale en illustration).

L’avenue Cathédrale déjà en détérioration à Mbuji-Mayi.

Opposant à l’époque au régime actuel, l’un des élus du kasaï oriental, avait déjà dénoncé la surfacturation de ces routes. C’est qui démontre que SAFRIMEX a confondu vitesse et précipitation, un trompe l’œil pour justifier les millions sortis du trésor public.

Ce qui choque davantage, c’est le contraste entre la volonté affichée du gouvernement de développer les infrastructures du pays et les résultats catastrophiques observés sur le terrain. Si les intentions sont réellement louables au sommet de l’État, comment expliquer qu’elles se traduisent localement par ce qui s’apparente à un détournement à ciel ouvert ?

Les habitants, eux, ne cachent plus leur frustration. Ils dénoncent des routes “jetables”, construites à prix d’or mais incapables de résister à une seule saison des pluies. Pour une ville comme Mbuji-Mayi, où les besoins en infrastructures sont criants, un tel gâchis est difficilement acceptable.

Face à ce scandale, une enquête indépendante et transparente s’impose. Il ne s’agit pas seulement d’établir les responsabilités, mais aussi de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. Car au-delà des routes dégradées, c’est la crédibilité de la gestion publique qui est aujourd’hui mise à rude épreuve.

Le silence ou l’inaction ne feraient qu’aggraver une situation déjà explosive. À Mbuji-Mayi, la population attend des réponses et surtout des comptes.

Bref, les routes ne sont pas les seules à s’effondrer. C’est aussi la confiance du peuple qui se fissure, kilomètre après kilomètre. Derrière chaque crevasse, ce ne sont pas seulement des défauts techniques, mais les traces visibles d’un système qui dilapide sans scrupule l’argent public. Si rien n’est fait, ces routes bâclées resteront comme le symbole brutal d’un détournement à ciel ouvert et d’une impunité qui, elle, semble solidement bétonnée.

La Rédaction

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