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Lubumbashi : gestion de la morgue de Sendwe, Joyce Tunda impose sa loi au mépris de la dignité humaine

La gestion de la morgue de Hôpital Jason Sendwe cristallise aujourd’hui une colère rare : le personnel hospitalier accuse ouvertement Joyce Tunda d’entretenir un blocage incompréhensible autour d’un service aussi sensible que vital, au mépris, selon eux, de la dignité des morts et du respect dû aux familles.

Dans les couloirs de l’hôpital, les mots sont durs, les visages fermés. Médecins, infirmiers et agents techniques dénoncent unanimement ce qu’ils qualifient de « confiscation injustifiée » d’un service pourtant vital à leur mission. Pour eux, la morgue de Sendwe n’est pas un simple bâtiment administratif : elle est un maillon essentiel de la chaîne de soins, un espace où la dignité humaine doit être préservée jusque dans la mort.

« Trop, c’est trop », lâche un agent de santé sous couvert d’anonymat. « Depuis plus de vingt ans, cette morgue échappe à l’hôpital. Aucun progrès réel, aucune amélioration tangible. Et aujourd’hui, on nous annonce une modernisation sans même nous associer ? C’est une humiliation.»

La colère s’est intensifiée après l’annonce officielle de la mairie promettant une réhabilitation imminente de la morgue, accompagnée d’un ultimatum de dix jours imposé aux familles pour retirer les corps. Une décision jugée « brutale », « déconnectée des réalités sociales » et « profondément irrespectueuse » par le personnel hospitalier.

« Comment peut-on parler de dignité des morts en imposant des délais irréalistes à des familles parfois démunies ? », s’indigne un infirmier. « Ce n’est pas de modernisation dont il est question ici, mais de contrôle et de pouvoir. »

Au cœur du mécontentement, une revendication claire : la restitution immédiate de la morgue à l’administration de l’hôpital. Le directeur général, le docteur Foreman Mabala, porterait en interne cette exigence devenue, selon plusieurs sources, « non négociable ». Pour le personnel, cette reprise en main est la seule voie crédible pour garantir une gestion transparente, humaine et efficace.

Ce bras de fer met en lumière une anomalie persistante dans la gouvernance des infrastructures publiques à Lubumbashi. Alors que toutes les autres morgues hospitalières de la ville sont gérées par leurs établissements respectifs, celle de Sendwe reste sous le contrôle de la mairie, une exception qui alimente soupçons et frustrations.

Dans l’opinion publique, le soutien semble progressivement basculer vers l’hôpital. Beaucoup y voient une institution en quête de cohérence et de responsabilité face à une autorité municipale accusée de s’accrocher à un levier de pouvoir au détriment de l’intérêt général.

Derrière cette crise, une question fondamentale s’impose : peut-on réellement parler de modernisation sans justice institutionnelle ? À Sendwe, le personnel est catégorique. Sans restitution, toute réforme ne serait qu’un vernis posé sur une fracture profonde. Et dans cette bataille silencieuse mais déterminée, une chose est certaine : la dignité des morts, elle, ne devrait jamais être négociable.

À mesure que la crise s’enlise, les regards se tournent désormais sans détour vers Joyce Tunda. Pour de nombreux soignants, il ne s’agit plus d’un simple désaccord administratif, mais d’une responsabilité politique directe : en maintenant son emprise sur la morgue de Sendwe malgré les contestations, la maire s’expose à être perçue comme l’obstacle principal à toute réforme crédible. Et dans une affaire où la dignité des défunts est en jeu, ce choix pourrait laisser une empreinte durable bien au-delà des murs de l’hôpital.

Ben AKILI

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