La crise institutionnelle couve de nouveau à l’Assemblée provinciale du Kasaï-Oriental. Pour la deuxième fois consécutive, une séance plénière s’est achevée dans la confusion le vendredi 5 juin, sur fond de profondes divergences entre les députés provinciaux et le bureau de l’organe délibérant concernant l’inscription du contrôle parlementaire à l’ordre du jour.
Selon plusieurs sources proches du dossier, le principal point de discorde porte sur l’opportunité de soumettre l’exécutif provincial à un exercice de redevabilité devant les élus. Alors qu’une partie des députés exige l’examen des dossiers liés à la gestion du gouvernement provincial, un autre camp s’y oppose catégoriquement.
La plénière, tenue à huis clos, n’a pas permis de rapprocher les positions. Bien au contraire, les tensions se sont exacerbées lorsque le rapporteur de l’Assemblée provinciale, Faustin Mfuamba, a annoncé un ordre du jour intégrant le contrôle parlementaire. Cette annonce a provoqué une vive réaction de certains élus opposés à cette démarche.
D’après plusieurs témoignages, le député Serge Ngoyi Kamukoza aurait interrompu la lecture de l’ordre du jour, déclenchant une altercation qui s’est rapidement transformée en bagarre générale au sein de l’hémicycle. La séance a finalement été suspendue sans qu’aucune décision ne soit prise.
Deux camps, deux visions
En coulisses, la fracture semble désormais clairement dessinée. D’un côté, des députés réputés proches du gouverneur de province militent contre l’ouverture immédiate d’un contrôle parlementaire de l’exécutif. De l’autre, plusieurs élus réclament des explications sur la gestion de certains dossiers jugés sensibles. Parmi les sujets qui alimentent les tensions figure notamment l’acquisition récente de véhicules destinés aux membres du gouvernement provincial. Certains députés dénoncent une répartition qu’ils jugent inéquitable, l’Assemblée provinciale n’ayant bénéficié d’aucun véhicule dans cette opération.
À cela s’ajoute la résurgence d’anciens dossiers financiers, notamment celui des présumés trois millions de dollars évoqués par certains élus qui souhaitent obtenir davantage d’éclaircissements sur la gestion provinciale.

Une crise qui dépasse le simple ordre du jour
Au-delà de la querelle procédurale, les événements observés à l’Assemblée provinciale traduisent une lutte d’influence entre différentes forces politiques autour du contrôle des institutions provinciales. Le débat ne porte plus uniquement sur l’inscription d’un point à l’ordre du jour, mais sur l’équilibre des pouvoirs entre l’organe délibérant et l’exécutif.
Alors que certains députés plaident pour un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale, d’autres redoutent que cette démarche ne soit utilisée comme un instrument de règlement de comptes politiques. Si aucun compromis n’est trouvé rapidement, le Kasaï-Oriental risque de s’enfoncer dans une paralysie institutionnelle où les intérêts des camps en présence prendront le dessus sur les préoccupations de la population. Car lorsqu’un parlement se divise sur son rôle de contrôle, c’est toute la gouvernance provinciale qui se retrouve sous tension.
Richard KAYEMBA









