La présence des troupes ougandaises de l’Uganda People’s Defence Force (UPDF) sur le sol congolais continue de susciter de vives réactions au sein de la classe sociopolitique de la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Entre espoirs déçus, soupçons d’agenda caché et sentiment d’abandon sécuritaire, le débat prend de l’ampleur.
Déployée au Nord-Kivu et en Ituri dans le cadre des opérations conjointes avec les Forces armées de la RDC (FARDC), notamment l’opération Shujaa, l’UPDF était censée renforcer la lutte contre les groupes armés, en particulier les ADF. Pourtant, sur le terrain, les résultats peinent à convaincre une partie de l’opinion.
Une coopération militaire de plus en plus contestée
En Ituri, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « mariage sécuritaire inefficace ». Malgré la présence de l’UPDF, les violences persistent, notamment en territoire de Djugu, où la milice de la Convention des patriotes pour la révolution populaire (CRP), dirigée par Thomas Lubanga, continue de semer la terreur parmi les populations civiles. Cette situation alimente un profond sentiment de frustration, voire de désespoir, chez les habitants, qui ne perçoivent pas d’amélioration tangible de la sécurité.
La campagne “UPDF dégage” : un signal politique fort
C’est dans ce contexte tendu qu’une campagne baptisée « UPDF dégage » a été lancée à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, par l’acteur politique Luc Malembe, en début de semaine. De retour à Kinshasa, ce dernier est allé plus loin en qualifiant les troupes ougandaises d’« envahisseurs », estimant que leur présence prolongée s’apparente à une occupation déguisée du territoire congolais. Au-delà de la question sécuritaire, Luc Malembe met également en avant une dimension économique, appelant la population iturienne à boycotter les produits en provenance de l’Ouganda au profit des productions locales.
« La liberté doit aussi être économique. Cessons d’être le dépotoir de l’Ouganda », a-t-il martelé.
La société civile entre prudence et déception
Pour sa part, le coordinateur de la société civile en Ituri, Dieudonné Losa, adopte un ton plus nuancé. Il rappelle que la présence de l’UPDF résulte d’un accord de coopération bilatérale entre la RDC et l’Ouganda. Cependant, il reconnaît que sur le terrain, les attentes restent largement insatisfaites.
« Depuis que l’UPDF est en Ituri, on ne la sent pas agir. Nous savions qu’elle était venue en appui aux FARDC pour sécuriser la province, mais les résultats tardent à se manifester », a-t-il déclaré à Surveillance.cd.
Il convient de signaler qu’une réunion d’évaluation entre les FARDC et l’UPDF s’est tenue le mercredi 7 janvier 2026 à Mahagi, en province de l’Ituri. Cette rencontre visait à faire le point sur les opérations conjointes en cours, à renforcer la coordination et à améliorer la communication entre les deux armées. Dans le cadre de l’opération Shujaa, les forces congolaises et ougandaises poursuivent des actions contre les ADF dans les territoires de Mambasa et Irumu (Ituri), ainsi qu’à Beni et Lubero au Nord-Kivu.
Entre coopération régionale et souveraineté nationale
Malgré ces efforts affichés, une question demeure : la présence de l’UPDF en Ituri répond-elle encore aux attentes sécuritaires de la population congolaise, ou alimente-t-elle davantage la méfiance et le sentiment de perte de souveraineté ?
À défaut de résultats visibles et durables sur le terrain, le fossé entre les autorités, les partenaires militaires et les populations locales risque de continuer à se creuser, nourrissant un climat d’inquiétude et de désillusion dans une province déjà profondément meurtrie.
Rebecca NZOLI









